Un retour à la civilisation bolivienne!

July 13, 2019

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    En quittant la région du Sud Lipez, je retrouve peu à peu des routes convenables et les débuts de la Bolivie habitée. Ce sont d’abord de petits villages, souvent entourés de ruines des colons espagnols qui bordent les routes. Les habitants que j’y rencontre sont éleveurs de lamas, de moutons ou de quelques vaches, et semblent n’être jamais allés plus loin que la ville la plus proche.

 

    Épuisé de mon périple face aux vents et aux cols du sud, je profite de toute occasion de m’arrêter dans chacun des bourgs traversés pour discuter un instant. Tous sont fiers de me montrer les quelques phrases d’anglais qu’ils connaissant mais bien vite se résolvent à me raconter en espagnol l’histoire de leur village et les légendes de chacun des volcans ou montagnes qui nous entourent.

    C’est un plaisir d’apprendre un peu plus sur les coins que je traverse et d’écouter une voix amicale, heureuse de partager quelques paroles avec un gringo de passage.


    En traversant le Salar de Uyuni, je choisis de continuer vers le nord, pour repousser un peu plus mes retrouvailles avec les grands aces bétonnés et les villes plus touristiques. Je suis donc ma route dans une région assez déserte, où le sel omniprésent dans la terre empêche les plantes de pousser. J’arrive sur l’Altiplano – l’immense plateau de l’ouest bolivien, autour de 3700 mètres au-dessus de la mer – et l’horizon est immense, sans l’obstacle des montagnes auquel j’avais fini par m’habituer !

 

    Peu à peu, les minuscules villages laissent place à des agglomérations plus grandes, et je découvre enfin l’organisation commune à la plupart des villes boliviennes. L’influence espagnole est indéniable et autour d’une place principale se concentre immanquablement la vie des habitants, sur les côtés non occupés par l’église et la paroisse. Les épiceries laissent dégouliner dans les rues des coulées colorées de fruits et de légumes et de petits stands de nourritures embaument la place d’odeurs alléchantes.

 

    Avec les premières villes arrivent les routes bétonnées - que j’avais dû oublier depuis ma sortie du Chili- et avec celles-ci, ma progression est nettement plus soutenue ! Sur le plateau, j’aperçois les côtes une heure avant de les entamer et je file, profitant de ces sensations qui avaient elles aussi été laissées à la frontière ! J’aperçois souvent des couples de vigognes, gracieuses et élégantes, s’amusant à courir à mes côtés, tout en laissant une distance raisonnable entre nous ; ou des troupeaux d’autruches, soulevant des colonnes de poussières dès qu’elle m’entende passer. Peu de véhicules me croisent pendant ces derniers jours, et je profite encore un peu du cliquettement de mon vélo, seul bruit dans le silence de la plaine.

 

    Sortir lentement de la solitude imposée par les régions désertiques du Sud me convient assez. Je reste bien reconnaissant à la route que je suis de ne pas me plonger directement dans les méandres de villes bruyantes ; leurs banlieues, les rencontres et discussions de passagesponctuant mon chemin se régularisent progressivement et je me réhabitue ainsi à nouveau aux contacts de plus en plus fréquents avec mes semblables

 

    Heureux de percevoir enfin une évolution notable de ma position sur ma carte, je rejoins en deux jours la grande route traversant le pays du nord au sud, et qui m’amènera en direction de La Paz et du Pérou ! Je sais les jours qui suivent moins enthousiasmants, mais si le vent ne se dresse pas contre moi, la route devrait être simple .

 

    Dès les premiers kilomètres, j’aperçois sur le bord de la route un gros 4x4 blanc, dont les conducteurs ne peuvent être boliviens ! Nous discutons un petit peu, et très vite, ils m’offrent une bière - la première depuis longtemps! Ça tombe bien, aujourd’hui, j’ai 23 ans !? Je reste deux bonnes heures à échanger sur le bord de la route 1. Jeunes enseignants au lycée français de la Paz, ils m’invitent à passer chez eux lorsque je rejoindrais la capitale ! Je reprends donc ma route avec une motivation nouvelle, et le soir même, c’est un des généraux des forces spéciales boliviennes qui m’offre une nuit dans son camp d’entraînement militaire, chargeant pour l’occasion, son lieutenant cycliste d’inviter le Français que je suis au restaurant !

 

    Après des semaines de solitude, j’ai pu en une journée refaire le plein de compagnie et de discussions !

 

    Le route qui me ramène jusqu’à La Paz est en comparaison à ce que je viens de traverser, plutôt ennuyeuse. L’axe est fidèle au tracé qu’il affiche sur ma carte : une immense ligne droite, quasiment sans virages ni dénivelé, traversant l’immense ville d’Oruro et ses alentours industriels, noirs de pollution. J’y arrive à la tombée de la nuit, et la fumée des usines et des voitures est si importante que je me trouve en plein brouillard artificiel, incapable de voir plus loin qu’une dizaine de mètres devant moi !

 

    L’arrivée dans la ville d’El Alto suit le même schéma, mais j’en sors très vite par une immense descente qui me paraît sans fin, jusqu’à la maison de mes hôtes ! Je reste heureusement me reposer quelques jours chez Mélodie, Yvan et Sanka, leur chien, sans aucune envie de reprendre la route et d’affronter cette côte dans l’autre sens ! Mais dans quelques jours, ce sont les portes du Pérou qui s’ouvriront devant moi, en longeant les rives du lac Titicaca !

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