Le Brésil et nos premières rencontres

April 25, 2019

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    Après un mois et demi loin de toute civilisation, à imaginer, romancer nos rencontres à venir, nous avions de grandes attentes quant à l’accueil brésilien ! Dès les premiers échanges, nous avons été rassurés sur notre capacité à nous faire comprendre - en mélangeant les quelques mots de portugais que nous connaissions à notre encore maigre espagnol et à la bonne volonté notable de nos interlocuteurs, nous avons pu passer de moments inoubliables lors de nos premiers semaines sur le continent sud-américain !

 

 

    La première rencontre qui aura marqué notre périple brésilien a lieu dès notre sortie des plages désertes du parc national de Superagui. A peine sortis de la barque nous ayant ramenés à Cananéia, nous scrutons dans toutes les directions, tant par curiosité à l’égard de cette nouvelle ville qu’à la recherche d’un chemin qui semblerait convenir à notre itinéraire. Nous étions donc dans notre état plutôt habituel, qui – d’un point de vue extérieur - nous donne l’air plutôt égaré ! L’effet attendu ne se laisse pas désirer, et deux Brésiliennes viennent aussitôt à notre secours :
- Vous êtes perdus ?
- Non, pas vraiment… enfin si plutôt !


    Voyageuses à vélo elles aussi, elle nous indiquent un itinéraire cyclable qui nous permettra de rejoindre Iguape et nous ramènera à l’entrée de la Valle do Ribeira, notre premier objectif. C’est aussi l’itinéraire qu’elles suivent avec leurs parents et le reste de leur famille faisant office de camion de ravitaillement ! Nous prenons donc à nouveau le chemin de la plage, pour y établir un campement avant la nuit !


    A peine avons-nous repris la route le lendemain que nous voyons arriver un groupe de quatre cyclistes : nos bienfaitrices de la veille et leurs parents sont donc sur nos traces. Nous partageons la journée ensemble, au gré des pauses des uns et des autres. Discuter avec des jeunes de notre âge est un plaisir incroyable après nos longs mois à ressasser souvenirs et idées à deux, et  nous apprenons énormément de choses sur l’histoire du Brésil, et les évolutions politiques actuelles perçues par des étudiantes activistes.


    Arrivés à Iguape, nous sommes aussitôt conviés à passer la nuit dans la maison de la grand-mère, qui accueille les quatre cyclistes, mais aussi les tantes, frères et cousins, venant de tous les coins du Brésil ! Chaque pièce est transformée en dortoir, et nous sommes accueillis chaleureusement et très naturellement au milieu de cette grande réunion familiale !


    Si ce n’était pour les paysages encore inconnus de la Valle do Ribeira, nous aurions eu de la peine à reprendre la route le lendemain, tant nous semblions entre amis de longues dates, à discuter autour de la grande table de la cuisine, un café entre les mains.

 

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   Sur la route menant à Eldorado, mon dérailleur se met à grincer. La chaîne saute une fois, puis deux, et ma roue libre cesse soudainement de fonctionner ! La situation a déjà été vécue avec celle d’Anatole, mais cette fois ci, taper dessus avec une clef à molette s’avère inutile. Alors que nous essayons d’identifier et de comprendre le problème, une figure souriante, enfourchant un VTT flambant neuf apparait, tel un ange gardien volant à notre rescousse. Lucressio est plutôt petit, rond et très communicatif, avec un sourire reliant ses deux oreilles l’une à l’autre. Bien que la signification de la majeure partie de ses propos nous dépasse complètement, il nous conseille de revenir à Jacupiranga, et nous accompagne directement à la porte d’un réparateur de vélo, le sortant de sa tranquillité dominicale !


    Dans l’avant-cour de la boutique s’entasse tous types d’objets à roues : tricycles rouillés, motos des temps anciens, et autres vélos traficotés en mobylette jonchent le sol jusque dans les plus sombres recoins. Des clefs pendent aux murs et en en empoignant quelques-unes, il s’attache à démonter la roue défectueuse, et la mauvaise surprise n’est que méritée : notre manque de sérieux dans l’entretien de nos montures avec une traversée d’océan et une semaine à rouler dans le sable se fait vite payer !  


    Il est donc midi, un dimanche, dans un village au fond de l’état de Sao Paulo. Notre ange gardien nous rassure et promet de venir nous chercher le lendemain matin, pour régler au plus vite notre soucis ! Il semble si sûr de lui et si heureux de nous aider que la mauvaise humeur ne sait nous gagner !


    Quelques instant plus tard, c’est Carol, cycliste elle aussi, qui s’intéresse à notre histoire, et pianote sur son téléphone pour nous dégoter un coin pour nous doucher !


    Le lendemain matin, à 8h tapante, Lucressio arrive toujours souriant, avec un grand thermos de café sucré. La boutique de vélo n’ouvre qu’à 9h, nous discutons donc en attendant, ou plus exactement, nous essayons de suivre sa pensée et son portugais qui ne fait aucun cas de notre situation de grand débutant ! 9h arrive enfin, et étourdis par une montagne d’informations que nous ne parvenons pas forcément à lier les unes aux autres, nous prenons la route de la boutique qui devrait pouvoir nous aider. Le verdict y est clair : la pièce reliant le moyeu à la cassette s’est brisée, et le mécanicien n’a pas la pièce qu’il faut pour le réparer… Le seul exemplaire de cette pièce indispensable se trouve dans la ville la plus proche, à 35km, et mon vélo n’est plus du tout en état de rouler. La situation qui nous paraissait la veille presque amusante se pare tout à coup d’une autre couleur.


    Mais les cyclistes de Jacupiranga semblent tous de connivence, et une dizaine de minutes plus tard, nous voyons arriver Carol, qui se propose de nous conduire à la recherche de la pièce salvatrice ! Sa compagnie nous est très agréable après l’effervescence du magasin, et nous parvenons grâce à son aide à avoir nos vélos en état de marche et chargé en début d’après-midi ! Nous faisons nos adieux à nos nouveaux amis, dont la gentillesse généreuse et les efforts qu’ils ont accordés à deux voyageurs de passage nous aurons marqués !

 

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    En quittant la ville d’Eldorado, nous commettons notre erreur favorite, qui prend une toute autre dimension pendant l’été au Brésil : Il est 13h, et le soleil nous attaque violemment. Nous dégoulinons, et les quelques espaces d’ombres ne sont que plus moites et désagréables. On nous indique qu’il fait 43°, et pas un nuage n’est en vue. Le premier bar sur le bord de la route fait l’affaire, et nous nous y arrêtons pour une limonade glacée et un peu d’ombre. Une discussion avec Adan, agriculteur jovial et guide local, nous fait passer à la bière, et quelques-unes plus tard, il nous invite à passer un peu de temps avec lui, pour découvrir sa vie et ses plantations ! Nous passons la soirée à discuter, et réalisons peu à peu ce que représente notre passage dans son village reculé : il nous parle de deux voyageurs allemands, passés dix ans plus tôt, et assure qu’il racontera longtemps fièrement notre histoire !


    Le soleil à peine levé, nous partons avec Adan pour un grand tour de sa plantation : Il fait, à l’instar de son père, de l’agroforesterie, et chaque plante s’inscrit dans un grand regroupement qui s’entraide : L’une est plantée pour protéger de l’attaque d’insectes, l’autre pour fertiliser le sol… L’espace est immense et magique.  Adan nous enseigne quelques secrets de la plantation bananière, et nous confie, qu’armé seulement d’une machette et à partir de quelques plants seulement on arrive à  un tel résultat !
    Nous l’aidons à reconsolider l’escalier de terre menant sur la berge de la rivière, et midi sonnant l’arrivée des trop hautes chaleurs, nous nous réfugions vite « chez Maria », le bar de la veille, où Adan semble avoir ses habitudes. Après quelques verres, il nous propose d’aller faire un tour à la cascade de Meu Deus : la plus grande de la Valle, et une des attractions du coin. Les premiers pas sont un peu difficiles, mais à l’écoute de notre guide imitant les oiseaux et nous faisant observer toutes sortes de traces, nous remontons le ruisseau jusqu’à la clairière inondée où atterrissent les litres d’eau jetés du haut de la cascade ! Nous sommes entourés d’arcs-en-ciel, et les arbres semblent prendre vie lorsque nous plongeons sous la cascade !


    Les nombreux allers-retours chez Maria finissent par souder notre amitié, et nous repartons le lendemain, le cœur plein des émotions de la veille, sous le soleil brûlant d’un début d’après-midi brésilien…

 

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    En quittant Curitiba, nous avons pris un petit chemin, traversant la forêt primaire Mata-Atlantica. Cela nous permet d’éviter l’autoroute. Arrivés deux jours plus tard de l’autre côté, nous recevons un message de Florian, un autre voyageur français à vélo, qui se trouve à une cinquantaine de kilomètres devant nous ! Nous sommes épuisés, mais reprenons la route pour le retrouver ! Ce n’est que le lendemain soir, après une de nos plus grosses journées à pédaler, que nous parvenons à le rejoindre ! L’impression est toute drôle de rencontrer un autre voyageur, qui connaît des aventures bien similaires aux nôtres, et avec qui nous prenons un grand plaisir à partager anecdotes et conseils ! Nous décidons de rouler quelques jours ensemble, jusqu’à Florianopolis, où nous retrouvons Kevin, Guillaume et Denis, trois autres cyclo-voyageurs ! Nous ne le savons pas encore à ce moment, mais ces rencontres marqueront le début d’un nouveau chapitre dans notre aventure brésilienne, puisque nous cesserons de voyager à deux, et formerons pour bien des jours une belle tribu de six Français à vélos !

 

Mais ça, c’est une autre histoire...

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