Découvertes Canariennes

March 18, 2019

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Les pages de mon carnet du 28 Août au 18 Novembre – de notre arrivée à notre départ des Îles Canaries – sont bien vides: quelques griffonnages, des numéros de téléphone, des immanquables à visiter, des débuts d’histoire… Rien ne pouvant faire office de carnet de bord. Pendant ces longs mois, nous nous sommes laissés glisser dans le confort d’un semblant de vie sédentaire, laissant nos montures inchargées et nos ambitions de voyageurs de côté.

 

Partis de France quatre mois et demi plus tôt, nous avons parcourus 4500 kilomètres et traversé un bout d’océan, première étape d’une grande traversée. Fiers de nos exploits, nous sommes arrivés sur ces îles espagnoles avec en tête d’user de notre temps efficacement pour remplir nos objectifs tant financiers que linguistiques et culturels .

 

Suite à la traversée de Gibraltar à Santa-Cruz de Tenerife, nous avons hérité de la tâche de gardiennage du bateau qui nous a transportés. Ou plutôt, par la bonté du capitaine qui nous a embarqués, nous avons pu rester habiter à bord de Marie-Galante dans la marina en plein centre ville de la capitale de l’île.

 

Quatre longs pontons de bois s’y rassemblent pour rejoindre une lourde porte métallique. Début septembre, il y a peu de bateaux, encore moins de capitaines. Un gros chantier pour une nouvelle place principale isole pour le moment le port, qui reste un endroit assez protégé pour accueillir sur ses bancs les roucoulements amoureux de ce qui nous semble être la totalité des jeunes couples de Santa-Cruz. A n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, on y voit deux formes liées, rêvant de mer et d’aventure peut-être, mais accrochés à leurs téléphones lumineux, monde sûrement plus vaste.

Derrière eux trône une haute passerelle recouverte de gazon synthétique. Au cœur du port   de béton l’effet est quelque peu surprenant, mais la chose étant la seule sortie et entrée vers la ville, on y devine une volonté d’égayer les lieux un peu grisâtres sinon. Empruntons-la !

Nous voilà donc dans Santa-Cruz, Place de l’Espagne précisément. De vieux bâtiments l’entourent, mais c’est surtout l’immense miroir d’eau rond, étendu en plein centre, qui attire l’œil. La construction de la place n’est pas encore finie et on y trouve encore de nombreuses barrières métalliques, de plots orang et surtout, une irrégularité frappante dans les constructions. En tournant autour, on rencontre tout d’abord de hautes statues de soldats nus et casqués, rappelant aisément les temps franquistes de l’île. Quelques pas plus loin débute l’espace touristique : les prospectus proposant de nombreuses excursions y traînent et, armés de valises, d’appareil photos et de sacs à dos, les nouveaux venus du monde entier immortalisent leur passage face aux grandes lettres épelant le nom de la ville. S’en suivent deux bâtiments informes, modernes, recouverts de fleurs : l’office du tourisme et un café récent. Le reste de la place est un long grillage masquant les travaux en cours.

Porte d’entrée de la ville – pour les marins – c’est donc le premier aperçu de notre lieu d’accueil pour les mois à venir que nous découvrons là.

 

Reprenons. Nous sommes au début du mois de septembre, et l’on nous a rendu bien clair qu’aucun départ n’aurait lieu avant le mois de novembre. Maîtres à bord du petit espace que l’on nous a confié, nous prenons enfin nos aises : nous avons chacun une cabine, des espaces de rangement infiniment plus pratiques que des sacoches de vélos, et une grande table à manger où nous étalons à loisir tout ce qui n’a pas de place affirmée. Nous rassemblons notre bibliothèque dans un coin – réalisant une fois de plus l’excès évident de livres emportés – tendons un petit hamac pour les fruits et légumes qui viendront colorer la pièce ; et, ça y est, nous nous sentons enfin chez nous ! De petites habitudes arrivent vite : heureusement, notre instinct sédentaire n’a pas encore eu le temps de s’échapper bien loin !

 

Les premières semaines ont consisté à arpenter la ville et les environs, tout en cherchant à découvrir une activité afin de profiter de notre première pause dans nos pérégrinations cyclopédiques. A l’image de sa place centrale, Santa-Cruz semble un collage de bâtiments en tous genres : par ici tiennent encore quelques vieux immeubles, souvent effrités et laissés aux mauvais soins du temps ; par là en sont semés d’autres qui, chacun à leur époque, ont dû être une référence de modernité, mais dont les traits, trop forcés, semblent crier leur désuétude au regard des rares passants y prêtant attention. L’avenue passante principale revêt évidemment des airs endimanchés, mais il suffit de faire quelques mètres pour sortir de la rue vitrine et retrouver passages usés où les boutiques vides et les devantures abandonnées font grande concurrence aux quelques cafés encore actifs.

D’un premier coup d’œil, Santa-Cruz n’est ni une resplendissante capitale, ni le havre idyllique que nous imaginions, mais malgré tout ces immeubles disparates et desorganisés exhibent un air familier et accueillant. C’est à nous, voyageurs de passage, à la découverte des trésors cachés de notre ville d’accueil, de nous satisfaire de ce qui s’y trouve et de découvrir ses merveilles, disséminées à chaque coin de rue, sous la forme d’arbres splendides et inconnus, de statues insolites et inattendues et de sourires rieurs ou dissimulés des autochtones, n’attendant que l’occasion pour venir à notre aide.

 

Notre espagnol en progrès nous fera faire de belles découvertes, mais s’avérera bien incapable de satisfaire nos besoin pécuniers : sur une île où un grand nombre de jeunes rejoignent le continent pour travailler, que pouvions nous espérer sans connaître codes et langages. A croire que le destin ne nous sourit plus lorsque nous nous posons.

Nous flânons donc, profitant du soleil de l’été canarien qui ne souhaite pas rendre son trône avant de longues semaines ! Nous découvrons les plages des alentours, quelques coins de plongée, les parcs fleuris et les marchés effervescents, les quartiers où l’on vit, les quartiers où l’on sort. En quelques jours nous étions à nos aises à bord de notre habitation flottante, en quelques semaines, c’est l’ensemble de Santa-Cruz que nous commençons à apprivoiser.

 

Mais sortons un peu d’une trame que je peine à maintenir pour découvrir certains de ces lieux magiques :

 

Lorsque l’on ouvre un plan de la ville, aux alentours de la marina, une étendue verte attire tout de suite l’attention des férus de nature. C’est donc tout naturellement que nous nous sommes rendus au parc de Sanabria, curieux de trouver quelques espace intouchés par les plaques de béton !

Notre surprise surpassa hautement nos attentes ! Jamais nous n’aurions pu imaginer une telle quantité d’essences différentes et inconnues ! Les racines de certains arbres partant de leurs branches pour plonger à nouveau dans la terre, comme pour en ressortir plus loin. Pour un autre, chacune des branches se divise également en deux  petits troncs, se séparant aussi, ainsi de suite pour former des prisons géométriques flottant en tout coin du parc. Un autre encore est orné de fleurs colorées, que nous sommes prêts à prendre pour de véritables perroquets prêts à l’envol.

Un coin de ce jardin d’Éden est réservé aux épices et plantes aromatiques en tout genre ou de petits écriteaux invitent le flâneur à se servir : les senteurs et les couleurs s’y mélangent, étourdissant le rêve éveillé dans lequel nous semblons nous trouver.

Un peu plus loin, une allée de hauts dragonniers – ces arbres semblables à de joyeuses prisons tropicales – s’est fait élire lieu de résidence privilégié des perroquets – véritables cette fois – régnant sur le parc, veillant à un accompagnement musical constant : ils semblent nombreux mais l’on en voit que quelques uns, rouges et jeunes, traverser l’allée avant de disparaître derrière une branche et rejoindre le chœur de leurs confrères chantonnant.

Les cactus du haut du parc prennent eux aussi toute leur liberté, chacun dans son originalité : l’un se lance vers le ciel, l’autre, rondouillard, fainéante avec ses quelques fleurs et longues épines ; un autre, indécis, serpente ça et là, prenant toutes les directions à la fois.  Les uns semblent prêts au combat tandis que les autres égayent les rêveurs de fontaines colorées de fleurs ou tiges en tous genres.

Pour deux Européens découvrant les végétations canariennes, le lieu est paradisiaque, chaque coin propice à l’étonnement et l’admiration, et tout au long de nos semaines, nous prendrons grand plaisir à revenir y flâner, découvrant sans cesse nouvelles merveilles se dévoilant peu à peu.

 

Si le parc de Sanabria nous a introduits à la diversité de la végétation canarienne, le marché de Nuestra Senora de Africa nous présentera odeurs, goûts et couleurs locaux, dans une atmosphère bouillonnante et bruyante.

 

Dans toute grande ville, un marché créé un coin éphémère de nature, de contact, un endroit où les citadins fermés s’ouvrent, se sourient, échangent. Au cœur de Santa Cruz, le marché de Nuestra Senora de Africa joue royalement ce rôle : tous les matins s’ouvrent ses grandes grilles sur des étalages de pain et de fleurs, de légumes et de fruits, de viandes et de poissons, où les couleurs et odeurs se mélangent et grisent les sens des nouveaux venus découvrant cet espace merveilleux.

Les étalages de fruits inconnus, de poissons miroitants et d’épices colorées captivent toute notre attention, et nous semblons peu à peu y comprendre de petits fragments de manières canariennes. Outre les quelques touristes de passage, c’est bien en ce cœur de la capitale que se rassemblent tous types de Canariens, protagonistes du grand théâtre dans lequel nous passerons deux mois et demi.

Bien différentes de celle des voyageurs en chemin, de nombreuses surprises nous ont attendus dans ces îles européennes au large de l’Afrique, et elle ont été surtout pour nous une préparation nécessaire à la grande traversée qui s’en est suivie !

 

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