Gibraltar : dernière étape avant les Canaries.

January 14, 2019

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Il y a maintenant cinq jours que nous avons appareillé au large ponton de béton de Marina Bay, l’un des deux ports de plaisance de l’enclave britannique. Quel contraste saisissant ! La veille nous jetions l’ancre du « Lièvre » dans la jolie baie de Tarifa, afin d’aller profiter de la fraîcheur des vieux quartiers aux maisons basses où le mariage hispano-marocain témoigne si bien du cosmopolitisme andalous.

Nous avons donc découvert une marina coincée entre un port de tourisme parsemé de pubs-restaurants, et dominé par un paquebot-casino ancré au pied d’un centre de finance international. De l’autre coté se trouve la frontière, matérialisée par une piste atterrissage où il faut parfois attendre le passage de jets privés pour pouvoir traverser d’un coté à l’autre. Autant dire que nos passages coté britannique furent assez brefs. Les difficultés de circuler à vélo entre les innombrables voitures et bus (type londonien bien sur) ainsi qu’une impression, amplifiée par certains regards, de ne pas appartenir à la même espèce eurent raison de notre engouement pour se fragment de royaume perdu au fin fond de l’Espagne.

 

C’est donc coté espagnol que nous avons passé le plus clair de notre temps de bateau-stoppeur. Il faisait bon de retrouver cette chaleur humaine qui ponctuait nos journées depuis maintenant plusieurs mois. Nous entrons vite dans une sorte de routine.

Premier arrêt : passage chez le vendeur de fruits et légumes. Il est enchanté de nous entendre raconter notre histoire, n’hésitant pas à nous retenir dans sa minuscule boutique, où nous jouons les aventuriers devant un public de petites dames, plus douces les unes que les autres, manifestement très impressionnées par notre périple. Même si parfois notre espagnol approximatif, et la cohue générale engendre des incompréhensions  - « quoi ? Il vont traverser l’atlantique en vélo ?! » - qui se soldent par de chauds éclats de rires complices.

Nous enchaînons ensuite sur la traversée de la Linéa de la Conception afin de se rendre à Gibraltar. La grande motivation du passage de la frontière s’explique par la présence d’un couple de plaisancier britanniques, qui partirons bientôt vers les Îles Canaries. Leur gentillesse lors de notre premier contact nous a laissé entrevoir une lueur d’espoir, même si finalement, nous concluons que leur politesse britannique induit le refus, sans être complètement clair. Mais peu importe, puisqu’ils finissent par visiblement nous apprécier, et chaque jours ont de nouveaux conseils encourageant à nous offrir.

Retour coté espagnol pour le reste de la journée, à la Marina de la Linéa, où comme à Cadix, nous cherchons l’ombre, et faisons vite partis du décors. Heureuse surprise de retrouver Daniel, capitaine à bord de l’escampette, joli bateau dont les voiles jaunes se repèrent de loin. Il fait parti des bonnes âmes rencontrée à Cadix, dont les quelques minutes de discussions quotidienne interviennent comme de vrais moments de plaisir dans de longues heures d’attente.

Lorsque la lassitude finie par gagner nos corps et nos esprits, nous entamons le chemin du retour, sur une piste cyclable le long de la plage. Un petit nid d’arbres arqués par le mistral méditerranéen nous protège de la brise. La proximité de la mer est un plaisir que nous ne nous refusons pas, et un bain quotidien s’impose, pour laver nos corps de ces journée abrutissantes. Luxe suprême pour nos pauvres peaux salées, une douche est installée sur cette plage déserte en fin de journée. Nous apercevons les côtes marocaines illuminée par le rose pale du soleil couchant.

 

Malgré tous ces petits plaisir qui rendent les journée appréciables, le moral est plutôt bas des le quatrième jour où trop grand nombre d’informations décourageantes ainsi que la possibilité de passer beaucoup plus de temps ici, fini par nous faire douter. C’est alors, quand le moral est plus bas, que la magie du voyage opère, et place sur notre route un élément qui peut changer la donne. Il s’agit d’un de nos semblable, Stéfan, voyageur à pied, et officiellement bateau stoppeur, puisque il a trouvé un embarquement pour les Canaries. Il use de toute sa bonne humeur, et de ses plus belles paroles, que son accent belge fait retentir, pour nous expliquer que quatre jours, restent très peu de temps, et qu’avec le sourire, tout se passe beaucoup mieux. Cette rencontre agis comme un électrochoc : nous seront à la première heure, le lendemain à la Marina.

 

Au matin du cinquième jour d’attente, nous changeons de stratégie : puisqu’il est assez tôt, nous nous postons à l’entrée des douches, là où on peut être sur que tous les marins de passage défileront pour les prochaines heures. Nous débordons de bonnes énergies, et ne laissons de répit à aucun plaisancier, même si nous comprenons vite que d’attendre la fin de leur passage aux douche est de meilleure augure. Après maintes discussions fort agréable, Martin aborde, d’abord en anglais, deux hommes qui s’avèrent être de parfait français. Il vont au Canaries ! Malgré la vision de nos énormes chargements, ils ne montrent aucuns signes de réticence : «  écoutez, laissez nous aller faire nos ablutions matinales, ça nous permettra d’en discuter. » Ils nous laissent là, grands yeux, bouche ouverte… nous devons avoir l’air de deux imbéciles puisqu’il nous est impossible d’aligner trois mots, tant l’excitation est grande. Jamais une douche ne nous a parue aussi longue. Les voila qui sortent, nous les attendons plantés droits comme des I : « et bien si vous vous sentez de tenir un quart et si vous arrivez à faire rentrer vos vélos, nous sommes partant pour vous prendre. Nous peinons à garder notre regard, et un simple croisement de regard nous ferait exploser en éclat de joie. Nous restons sérieux, car nous posons le pied sur le ponton de bois qui nous mène jusqu’à « Marie Galante ». Il s’agit d’un beau monocoque de 40 pieds. C’est un bateau spacieux, bien que nos hôtes s’excusent de ne nous laisser qu’une cabine pour deux. C’est ceci dit un luxe qui n’avons pas dormis à l’intérieur depuis plusieurs semaines !

Pierre est le capitaine, et Jean est un ami de longue date, ils naviguent ensemble depuis plusieurs année, et ont un rêve : une traversée transatlantique à la voile. Ainsi, pour récupérer les alizées qui les pousseront jusqu’aux Caraïbes, le passage par les Canaries est obligatoire. Nous partirons donc le lendemain aux aurores.

 

Il est aux environs de 7h lorsque nous larguons les amarres, le moteur tourne pour sortir du port, puis nous zigzaguons entre les énormes navires ancrés dans la baie. Le soleil commence doucement à illuminer le rocher de Gibraltar alors que s’ouvre devant nous le détroit ainsi que les premières montagnes du riff marocain .

Nous en avions vaguement parlé en quittant la France, puis rêvés lors de nos premiers tirages de bords à Hendaye et Bilbao, ainsi, après avoir goûté aux aspects précaires de la vie du bateau stoppeur nous embarquons enfin pour une traversée à la voile.

La route a été tracé par nos skippeurs, après le passage du détroit nous longerons la côte Africaine et mettrons le cap plus au large après Essaouira afin rejoindre les premières îles de l’archipel Canarien. Cinq jours de navigation, assez tranquilles d’après la météo, nous attendent. Parfait pour nous familiariser avec le maniement du voilier ainsi qu’à la vie à bord en tant qu’équipiers.

Après un passage à quelques encablures de Tanger, l’océan s’étend à l’horizon, pour Pierre et Jean, c’est un moment important qui un terme à leur traversée méditerranéenne, pour nous c’est la fin de notre épopée Européenne, mais pour tous, cette étendue azure marque le début de la conquête de l’Atlantique.

 

 

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